lundi, 18 juin 2007

Catherine Mallick ne mâche pas ses mots sur Clermont Première

 
 
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lundi, 11 juin 2007

Merci de votre confiance

jeudi, 07 juin 2007

Catherine Mallick : l'alternative utile



Catherine Mallick s'engage pour notre avenir (4)

Catherine Mallick s'engage pour notre avenir (4)

Question 11 - Adaptation des compétences au marché du travail

 

Concernant le système actuel d’organisation et de financement de la formation professionnelle, je pense qu’il est nécessaire de distinguer enfin deux aspects. Le diplôme académique d’une part et la formation professionnelle d’autre part. La formation professionnelle reste à construire avec les professionnels. Pourtant, l’idée est encore fort répandue que de vouloir confondre les deux aspects. D’où l’immense frustration, le sentiment d’injustice et de révolte des diplômés sans emploi, des bac +4 ou +5 au chômage …

Une formation académique est une nécessité : elle doit donner les bases, à tout le monde, et parmi les bases, la langue, orale et écrite, des bases scientifiques efficaces, des bases linguistiques (la maîtrise de l’anglais international, au moins, et une autre langue de la conquête du monde). La formation professionnelle, elle est à construire, avec les professionnels. Cela est fait, depuis longtemps, pour les avocats par exemple : personne ne confond le diplôme de droit, qui est nécessaire, et la formation en cabinet qui l’est aussi.

Cette vision doit se généraliser. Ainsi devront se concilier une formation académique ouverte et une formation professionnelle spécialisée, capable de s’articuler avec des formations académiques diverses, littéraires, scientifiques, juridiques, techniques, artistiques…

 

 

Concernant votre proposition de mettre en place un numerus clausus afin de faire en sorte “d’éviter que les jeunes ne s’engagent en trop grand nombre dans des formations peu porteuses de débouchés vers l’emploi”, je reste très réservée. Le numerus clausus, en France, est réservé à un certain nombre de professions réglementées (médicales pour l’essentiel). La mise en place de ce procédé vise à réguler le nombre de professionnels dans ces domaines, permettre de proposer une formation de qualité avec des effectifs corrects. Je ne suis pas convaincue qu’il faille voir là un processus permettant de dissuader des étudiants de suivre une filière aux débouchés professionnels réduits : ce n’est en tout cas pas l’esprit dans lequel il est actuellement utilisé. D’autant que l’instauration d’un numerus clausus a pour corollaire la mise en place d’un concours, placé sous les auspices du principe républicain d’égalité des chances... dont on voit aujourd’hui qu’il est perverti par une suspicion légitime d’élitisme avec le développement de cours préparatoires privés pour la préparation à la propédeutique en médecine. Je ne veux pas d’un système éducatif à deux vitesses où les plus aisés pourraient accéder à la formation de leur choix parce qu’ils ont les moyens de financer de coûteux cours particuliers alors que le plus grand nombre devraient être privés de la possibilité de choisir. Quand bien même il y aurait un emploi à la clé, un tel système reviendrait à nier la capacité de nos jeunes à s’autodéterminer, à choisir leur voie, à travailler avec ferveur et vigueur pour s’établir dans un domaine qui leur plait.

Davantage, les formations académiques doivent évoluer. Aujourd’hui, quelque 40 % des élèves échouent en première année à l’université, car la rupture est trop brutale entre le lycée et l’enseignement supérieur. Je propose de faire de la terminale une propédeutique - une préparation à l’enseignement supérieur - ce qui va de pair avec le semestre d’orientation à l’entrée de l’université. L’université a besoin de tuteurs, de répétiteurs, de moniteurs, d’interlocuteurs des étudiants débutants, de bibliothécaires aussi, toute une gamme de soutiens qui rendraient l’université accueillante, en échange de bourses convenables qui changeraient la vie de beaucoup d’étudiants, et celle de leur famille. Surtout, les universités doivent poursuivre leur ouverture (pédagogique et non financière) sur le monde de l’entreprise. Elles doivent permettre aux jeunes de se familiariser avec les réalités de leur futur métier. Cet effort doit être poursuivi avec le développement de la formation professionnelle qui doit nécessairement accompagner les jeunes dans leur premier emploi puis, au gré de leurs évolutions successives. En cela, je pense en effet que l’employabilité -c’est à dire la capacité à garder ou à trouver un emploi- est autant l’affaire de l’entreprise que celle du salarié. Mon désaccord porte sur la méthode à employer pour y parvenir.

 

Question 12 - Encouragement de l’initiative personnelle

 

Exerçant moi-même une profession libérale, je suis sensible à cette valeur d’initiative personnelle et je sais les difficultés qui se dressent sur le chemin d’un jeune chef d’entreprise. Comme vous le suggérez et comme je l’évoquais précédemment, l’école a un rôle à jouer dans la sensibilisation des jeunes au monde de l’entreprise. Il est nécessaire de renforcer ces liens pour mieux préparer l’entrée sur le marché du travail. Le développement des micro-crédits doit permettre de
stimuler l’envie d’entreprendre des jeunes. Le rebond après un échec doit être accompagné
afin qu’ils parviennent à analyser les raisons de cet échec et repartir ensuite sur un nouveau projet avec des bases saines.

 

Question 13 - Revalorisation du travail manuel

 

La question du travail manuel mérite en effet d’être abordée. Le bon sens populaire dit qu’il n’y a pas de sous métier. C’est l’Ancien Régime, sous l’effet de la Renaissance, qui valorisait le travail de conception intellectuelle au détriment de la réalisation matérielle concrète. A tel point que la notion même d’artiste a été revisitée et magnifiée à cette époque pour l’opposer à celle d’artisan. Ces temps sont bel et bien révolus ! Bien évidemment le travail manuel doit être valorisé, mis en avant : on aura toujours besoin de boulangers, de plombiers, de chauffagistes... Bien évidemment les progrès techniques amènent parfois à des mutations nécessaires, lesquelles doivent être soutenues par la formation professionnelle: par exemple, le tourneur-fraiseur a vu son poste évoluer vers plus de technicité avec l’apparition des machines à commande numérique.

 

Question 14 - Réglementation spécifique pour les PME

 

Parce que je considère que les petites et moyennes entreprises sont cruciales pour l’emploi, je suis partisane d’une mesure active de protection de la petite et moyenne entreprise : un small business act à la française. Les Etats-Unis l’ont mis en œuvre pour la vitalité de leur économie, dès 1953, avec une administration légère.

 

Trois mots définissent ce small business act à la française : simplification, protection, accès aux marchés publics.

 

D’abord, simplification. Les contraintes de l’administration, des impôts, du droit et des procédures sociales sont un vrai labyrinthe. Et l’entreprise de 15 personnes, ou l’artisan qui a un ou deux compagnons, dont la femme assure le quotidien de la comptabilité et des papiers, s’arrache les cheveux devant une administration bavarde ! Je veux que la culture de la simplification sorte des mots pour entrer dans la réalité. Pour y arriver, il faut confier la simplification à ceux qui subissent la complexité ; à charge pour eux d’y travailler paritairement.

 

Ensuite, protection, notamment des jeunes entreprises. Je propose une protection fiscale: exemption dégressive des premiers exercices bénéficiaires, notamment si l’argent gagné est réinvesti dans l’entreprise ; progressivité de l’impôt sur les sociétés étudiée pour permettre une tranche allégée à 18%. Je propose également une protection active de la trésorerie de ces entreprises, ou plus exactement de l’équité des marchés, par une diminution des délais de paiement des grandes entreprises et de l’Etat à l’égard des PME. Pourquoi les grandes surfaces règlent elles les marchandises souvent deux ou trois mois après avoir réceptionné les marchandises ? Pourquoi l’Etat traine-t-il toujours à régler ses dettes ? Rien ne justifie une telle attitude.

 

Troisièmement, accès aux marchés publics. Une part des marchés publics sera réservée aux PME, par exemple, comme aux Etats-Unis, 20 % du volume total des grands marchés et la totalité des marchés inférieurs à 50 000 €. Il ne me paraît pas possible que l’Europe s’interdise durablement une règle qui est celle des Etats-Unis depuis plus de cinquante ans ! L’opinion publique européenne sera, dans cette affaire, notre alliée.

 

Question 15 - Soutien à l’entreprise patrimoniale

 

Votre idée est de permettre à des entreprises qui risquent leurs biens propres de bénéficier de subventions afin d’équilibrer leur bilan si nécessaire. Vous ébauchez un parallèle avec le secteur “solidaire” (associations, coopératives…) en avançant que le projet d’une entreprise n’est pas uniquement conduit par des impératifs de rentabilité mais qu’il profite aussi à l’intérêt général.

Je ne peux pas y souscrire. D’une part, la différence fondamentale entre le secteur marchand et le secteur non marchand réside justement dans ce critère de rentabilité (même s’il n’est pas l’unique but de l’activité concernée). De plus, même si je souscrivais à votre requête, vous répondre favorablement serait pure démagogie dès lors que le principe de libre concurrence non faussée qui régit l’espace économique européen interdit toute aide publique directe (subvention) aux entreprises. Vous n’êtes pas sans savoir que la Commission européenne se montre très active sur ces questions... L’heure n’est pas franchement à la négociation de clauses de sauvegarde (dérogations exceptionnelles, motivées et limitées dans la durée).