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mercredi, 06 juin 2007
Catherine Mallick s'engage pour notre avenir (3)
Catherine Mallick s'engage pour notre avenir (3)
Question 9 - Travail et pouvoir d’achat
Le sujet du pouvoir d’achat illustre le décalage entre les citoyens et le pouvoir. D’un côté, les dirigeants, relayant les statistiques officielles, affirment que le pouvoir d’achat augmente... alors que les Français ont à l’évidence le sentiment contraire. La différence, c’est que le logement n’est compté, dans le calcul du pouvoir d’achat, que pour 11 % du budget d’un ménage. Connaissez-vous quelqu’un qui peut louer un logement pour 11 pour cent de son salaire ? Le loyer en représente au moins 30 ou 40 %.
La fin du mois, c’est une question qui taraude les Français. Autrefois, il n’y a pas si longtemps, avec un salaire moyen, on vivait et on mettait un peu d’argent de côté. Aujourd’hui, on a du mal à joindre les deux bouts, beaucoup plus de mal qu’on ne le pense en “haut lieu”.
Que faire ?
L’idée que l’on pourrait distribuer facilement l’argent de l’Etat est fausse, étant donné l’ endettement de l’Etat. Et toute distribution de pouvoir d’achat artificielle se retournera contre l’emploi. Si l’on augmente brutalement le prix du travail, comme l’annoncent les socialistes, on fera disparaître encore des emplois.
Il faut donc que, sur le prix du travail assumé par l’entreprise, le salaire direct ait une plus grande part. Et que ceux qui veulent travailler plus, soient libres de le faire sans charges supplémentaires.
Comme François Bayrou, je propose de libérer les heures supplémentaires. De permettre au salarié qui veut faire une heure supplémentaire de bénéficier d’une prime de 35%, beaucoup plus importante qu’aujourd’hui, notamment dans les petites entreprises, sans que cela coûte plus cher à l’entreprise : cette prime sera défalquée des charges sociales. Avec une idée simple : quand quelqu’un a travaillé trente-cinq heures, il a d’ores et déjà payé sa quote-part à la solidarité.
Question 10 - Considérez-vous que la plus grande précarité est le non-emploi? Que la priorité doit être de combattre le chômage, sans remettre en cause les outils, tels que le C.N.E., qui ont démontré qu’ils étaient créateurs d’emploi? Qu’il convient d’organiser le marché du travail en prenant en compte la réalité économique et non l’inverse?
Le C.N.E. est, je le rappelle, un type de contrat de travail sans limitation de durée pour les entreprises de vingt salariés au plus. Durant lapériode dite de consolidation de l’emploi de deux années, la rupture sans annoncer le motif de licenciement est possible (même si ce motif pourra être demandé en cas de litige aux prud’hommes), moyennant un préavis court et une indemnité de 8% sur le total de la rémunération.
Comme le C.P.E., le C.N.E. comporte deux points litigieux : le licenciement sans motif et la période d’essai de deux ans. Présenter comme un progrès que l’employeur puisse licencier sans la moindre explication, c’est perdre de vue les principes élémentaires de justice. Et si une réforme est injuste, elle est condamnée à échouer.
CNE et CPE concentrent toute la flexibilité et donc toute la précarité sur les plus
fragiles: les plus jeunes et les plus petites entreprises. Une nouvelle fois, on a voulu séparer deux France: la France des plus protégés et les “sans statut”, ceux qui ne se défendront pas et qui vont devenir la variable d’ajustement des mouvements d’ emploi.
En somme, je ne partage pas votre opinion sur le C.N.E. : j’y suis opposée. La précarisation des salariés ne fera qu’exacerber les tensions sociales : une réforme de cet ordre est parfaitement contreproductive. D’autant que le nombre d’emplois créés “grâce” au C.N.E. fait débat, y compris dans les cercles universitaires les plus sérieux : début 2006, le gouvernement annonçait plus de 90 000 emplois créés avec le CNE. Moins ambitieuse, l’étude de deux universitaires (P. Cahuc et S. Carcillo) évoquait en février 2006 environ 80 000 créations d’emplois à un horizon de quatre ans. S’appuyant sur une étude du service statistique du ministère de l’Emploi, Les Échos ont affiché 44 000 créations pour le CNE fin mars 2006. Le ministre de l’Emploi évoque lors de sa conférence de presse du 20 février 2007 de 80 000 à 240 000 créations d’emplois à la fin 2006. Qui croire ?
Le sous-entendu de votre question nous amène à évoquer la question de laflexibilité du marché de l’emploi. Les pays scandinaves ont réussi à faire en sorte que l’on puisse à la fois remettre en cause le contrat de travail, et offrir une sécurité nouvelle au salarié, en lui permettant de garder son salaire plus longtemps, ou en lui permettant de suivre une formation qu’il aura choisie, ou d’être embauché sur le même bassin de travail par des entreprises qui, au fond, auront mutualisé leurs capacités d’emploi.
Les centrales syndicales que François Bayrou a rencontrées au niveau national et celles que j’ai rencontrées au niveau local disent : l’entreprise doit pouvoir en cas de baisse d’activité, remettre en cause le contrat de travail (sinon elle hésite à embaucher), et dans le même temps, cette flexibilité peut s’accompagner de sécurité. Pour la CGT, cela s’appelle la Sécurité Sociale professionnelle, pour d’autres, la sécurisation des parcours professionnels, d’autres encore emploient le mot de flexi-sécurité, mais tout cela veut dire la même chose. Cela veut dire que les droits du travailleur doivent être attachés au travailleur lui-même, et pas seulement au contrat de travail. Une négociation efficace, cela prendra le temps que cela prendra, mais c’est indispensable.
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