dimanche, 01 avril 2007

PROGRAMME ECO-FINANCES

Jean Peyrelevade : Conseiller de François Bayrou, en économie et finances

La classe politique doit s’interroger sur les conditions de la croissance


 Jean Peyrelevade a débattu avec l’économiste Daniel Cohen et le journaliste du Monde, Eric Le Boucher. Alain Minc leur a demandé leur diagnostic sur l’économie française et quelles mesures ils prendraient s’ils étaient nommés ministre de l’Economie et des Finances. Jean Peyrelevade a insisté sur la nécessité de s’intéresser aux conditions de la croissance.

Jean Peyrelevade considère que la France fait partie avec l’Italie, des mauvais élèves des pays développés. Ancien PDG de Suez, de l’UAP et du Crédit Lyonnais, il a expliqué que le défaut fondamental du logiciel français, en particulier chez les décideurs politiques, c’est qu’on parle beaucoup de la croissance pour payer notre protection sociale ou créer des emplois, mais qu’on ne s’interroge jamais sur les conditions de la croissance aussi bien en termes macroéconomique que microéconomique. La classe politique se préoccupe en revanche de la répartition et du partage des richesses... "J’appelle à une révolution culturelle dans le monde politique français" a conclu Jean Peyrelevade.

Alain Minc a demandé à Jean Peyrelevade quelle politique il mènerait s’il était ministre de l’Economie et des finances. Soucieux de donner des signaux sur les conditions de la croissance, il préconise que les contingents d’heures supplémentaires et leur prix relèvent du dialogue social, soit d’accords d’entreprises, soit d’accords de branches. Dans sa volonté de libérer le travail, il a cité un sondage qui montre que 70% des jeunes de 18 à 24 sont prêts à travailler davantage pour gagner plus. De la même manière, il considère que la discussion annuelle sur l’augmentation du Smic devrait relever des partenaires sociaux. Jean Peyrelevade a fait remarquer que la France est le seul pays développé où l’Etat détermine les conditions du travail, la durée effective et la rémunération des heures supplémentaires...

Jean Peyrelevade a expliqué qu’il ferait du Premier ministre, le ministre de la recherche et des universités. "La formation permanente, re-qualifiante est une nécessité absolue" a insisté Jean Peyrelevade. Il a pris l’exemple du bâtiment : "La France est incapable de dépenser l’argent prévu pour les logements sociaux !". En effet, alors que les sommes nécessaires sont budgétées, les entreprises ne répondent même pas aux appels d’offre car elles manquent de main d’œuvre ! Jean Peyrelevade estime donc que la formation permanente et qualifiante doivent être mieux organisées pour répondre au marché de l’emploi. Mais il a également estimé que la formation initiale en France, était défaillante : le taux d’ouvriers non qualifiés est plus élevé dans notre pays que chez beaucoup de nos concurrents comme l’Allemagne. Jean Peyrelevade a rappelé que la France dépense aujourd’hui 23 milliards d’euros par an pour la formation professionnelle et permanente or "personne ne connaît l’efficacité de ses sommes dépensées". Il n’y a jamais eu d’audit de réalisé.

Jean Peyrelevade a estimé qu’une augmentation de notre effort sur la formation implique que les entreprises participent davantage à son financement. Il pense qu’elles n’accepteront que si elles obtiennent en contrepartie la possibilité de gérer leurs effectifs de manière plus grande. Cela suppose donc de mettre en place la "flexsécurité". Jean Peyrelevade a constaté que tout le monde semblait d’accord – gouvernement, syndicats de salariés et patronaux – mais qu’en réalité, "personne ne sait de quoi on parle de manière concrète". S’il était ministre de l’Economie, il donnerait trois mois aux partenaires sociaux pour se mettre d’accord sur les modalités de la "flexsécurité". Si ceux-ci échouaient, il imposerait alors par la loi d’alléger les contraintes qui existent sur le contrat de travail et dans le même temps, il augmenterait la sécurité professionnelle des salariés et l’effort de formation. Il est convaincu que si on assouplit le contrat de travail, cela permettra de remettre au travail beaucoup de gens qui voudraient travailler et qui ne le peuvent pas.

S’il était ministre de l’Economie, Jean Peyrelevade déciderait également le transfert des cotisations patronales (santé, famille) qui pèsent sur le travail "de manière indue" sur une taxe carbone. Cela permettrait d’alléger le coût du travail et donc de favoriser la croissance. Dans le même temps, Jean Peyrelevade considère que cela obligerait notre appareil productif à s’adapter plus rapidement à un monde où l’énergie va coûter de plus en plus cher en termes de prix et d’environnement. Il pense que cela ouvre des possibilités à nos entreprises en matière d’investissement, d’innovation et de croissance à condition qu’on donne des signaux forts dans cette direction. Il a rappelé que 40% des prélèvements obligatoires proviennent aujourd’hui des salaires contre seulement 3,5% sur la consommation d’énergie fossile via la TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers).

S’agissant de la fiscalité, Jean Peyrelevade a expliqué qu’il ne toucherait pas aux impôts "tant que les finances publiques ne seraient pas rétablies". Il n’est pas favorable à une augmentation de la TVA comme l’ont décidé les Allemands car il considère que la situation des entreprises françaises est différentes de ses concurrentes : "Ces deux ou trois dernières années, les Allemands ont accru les marges de leurs entreprises" a expliqué Jean Peyrelevade, "elles ont de quoi absorber une augmentation de la TVA sans répercussions sur les prix". En France, les marges des entreprises ont eu plutôt tendance à baisser… Il est convaincu qu’une augmentation de la TVA dans notre pays, se traduirait alors par une augmentation des prix. Enfin, Jean Peyrelevade considère que sans un minimum d’harmonisation fiscale à l’échelle européenne, on continuera à déplorer des fuites de capitaux. Cela vaut pour l’ISF comme pour l’impôt sur les droits de succession.

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Les conditions de la relance sont ici et maintenant clairement sur la table. A nous de relayer le message sur le terrain.

A très bientôt, Catherine 

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